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04 octobre 2007

Lettre d'amour à baghdad

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Lettre d’amour à Baghdad. Por Nacéra Tolba* 

Certains naissent pour vivre, d’autres naissent pour souffrir / Certains naissent pour sauver des vies, d’autres pour les anéantir / Certains s’extasient comme des fous, d’autres se laissent mourir / Pour échapper à la galère humaine, au temps qui délire sans avenir...

Lettre d’amour à Baghdad

Ma Chère,

T’écrire de mon exil ! … Mais que dire ? Que dire, après le souffle qui soupire, le ventre qui se déchire, la raison qui délire et tant de temps à souffrir. Que dire ? Depuis la nuit des temps, tu as lutté pour éclairer et rester le phare de l’Humanité, lutter pour dire non à l’absurde et à l’obsflamme_bougie_rougecurité, lutter farouchement pour préserver le joyau des civilisations.

Ma Chère,
Que dire ! Que dire aux mots lourds et insensés, aux mots guerres complotées, mots malades, mots-fiel, la bile noire que je dégueule. Comment te dire des choses, t’entendre, te lire et t’écrire quand le cœur des sciences et des lumières s’embrase et devient le vagin de l’enfer. Quand le chaos et l’horreur rythment ton quotidien. Quand tout est saccagé, pillé et brûlé, l’intimité souillée, violée et le corps éventré, crie le fœtus arraché à sa maman. Sur le chemin de l’école, la barbarie fauche l’enfant à la vie. Ici et là, dans les flaques écarlates un cartable démembré, nu et sans dictée, un qalam calciné, gribouillé sur la feuille amputée un palmier vert inachevé ; plus loin, un buvard désemparé, terrifié buvant l’encre coagulé et tente d’abreuver l’enfant inanimé ses doigts tiennent à peine la page du livre déchiqueté qui gémit au gré du souffle terrifié, de sang et de cris mouillé hurle dans la gueule de l’humanité... Mon Dieu ! Quel récit ! Les mots sont tellement difficiles, lourds et incompris. Le verbe n’a pas sa place ici, le silence avait déjà tout dit.

Ma Chère,
Complots macabres pris au piège de leurs mensonges. Foutaise ! Tant de résolutions, de lois, de droits détournés et bafoués, honte aux nations désunies. Honte aux Guantanamo improvisés dans les royaumes des scorpions, le monde entier découvre les soldats amers, ricanent et s’exhibent en poses immondes et obscènes, fiers de leurs jeux crapuleux, sadiques et sataniques. Les détenus dénudés, violentés, castrés, torturés et à la fin achevés. L’autre dictateur bombarde, assassine piétine et défigure la mémoire, l’histoire du visage illuminé. Ainsi, on ose civiliser ! On prétend instaurer la démocratie ! On prétend des guerres propres et chirurgicales, enrobées même de poésie ! : Bouclier du désert, Tempête du désert, liberté immuable…Mon Dieu quelle hypocrisie !

Ma Chère,
Comment t’écrire alors qu’on a brûlé le qalam du poète, on a assassiné sa muse et brisé son vers ; alors que les morts effrayés, quittent rapidement les cimetières profanés ; l’horreur persécute inlassablement leur âme courant dans tes entrailles, courant plus vite encore, hurle et se jette dans l’Euphrate pour éteindre son corps enflammé. Que dire à la sauvagerie ? Que dire à la barbarie humaine ? Hélas ! On s’est éloigné de la raison, de la sagesse et de la poésie. On a oublié la tendresse, la chaleur et l’odeur de la terre. On n’entend ni les ruisseaux qui fredonnent les saisons, ni le chant des oiseaux, des fleurs et des cœurs et on n’admire plus le soleil qui se couche dans nos regards. On n’entend même plus rien, ni laême le rire des étoiles qui se promènent au seuil de la nuit sur le pavé de l’aurore.

Ma Chère,
Je pense à toi. Je te lis. Je te lis dans le giron des vagues messagères. Je te lis dans le sable mouvant d’Arabie. Je te lis sur les ailes du souffle harassé. J’entends. J’entends tes vagissements et tes douleurs qui déchirent le ciel endeuillé. De mon exil, de la rive bleue qui semble perdre sa splendeur, seule, avec les goélands qui se laissent aller sans envie sur le dos des lents flots attristés, je t’écris. Je t’écris et je pleure le sang des innocents, le sang de mes frères et sœurs qui s’évapore dans l’éther et j’attends inlassablement toute ma vie qu’il se métamorphose en rosée sur la rose au bord du pré éclose.

Nacéra Tolba
Lettre lue au
Festival du Livre Méditerranéen de Vallauris
Les Mille et une Nuits d’aujourd’hui
01,02 et 03 juin 2007


« Boulie-tic » du chaos

Mille, deux mille, cinq mille,
Combien sont-ils précisément ?
Femmes, hommes et enfants
Partout dans le monde des innocents
Otages des idéologies infondées
Séquestrés, détenus sans raison
Sans loi, sans jugement et sans droit
Humiliés, torturés, injuriés,
Offusqués dans leur intimité
Castrés dans les Guantanamo
Qui poussent comme des champignons
Dans la monarchie des vipères et des scorpions
Entre le ciel et la terre
Juste Allah en témoin
Les os malades suintent la gangrène moisie
Vagissent effroyablement
Sous l’horreur et torture
De la machine infernale
Et ses carnages « exterminator »
Les Cheyennes tatoués au fer
Chassés loin de chez eux
L’histoire des Incas se lit
Sur les visages transformés en papier
L’ombre de la tragédie négrière
Résonne, hante horriblement
Le sommeil des tortionnaires
Sur chaque empan de Gorée
Conscience sale, glacée et féroce
L’Indochine, le Vietnam,
Les civiles d’Hiroshima calcinés,
Le jour avant la nuit
Les corps en flammes, courent nus
Dans les rues sans issues
Transformées en brasiers
Pour échapper à la cruauté mes amis
L’odeur du canon et du sang
S’évapore encore de l’Aurès résistant
Hante les vivants, les morts,
Les montagnes, les plaines, dars et douars
Du Rwanda aux Balkans
Tous hurlent comme des monstres à l’agonie
Tant et tant de terres, terriblement
Violées, violentées et éventrées
La résistance explose comme
Un volcan dévoré par la psychose
Stratégies machiavéliques
Magnifiques déflagrations.
Désarmer les uns
Armer les autres,
Outrage aux résolutions
Palestine, les territoires occupés,
S’embrasent, ne sont plus
Que des coulées de volcan.
L’injustice, l’oppression et l’occupation
Poussent l’enfant du pays
Dans le vagin de Satan
A l’horizon un déluge sanglant
Où surgissent les démons
La mort et la désolation

S’étalent à perte de vue.
Le soldat sans chair et sans âme
Automate surarmé,
Chronométré à la gâchette
A la gâchette, il dit oui avec la tête
Sans remords et sans regrets

La chair fraîche gît
Sur le sol nu attise les rapaces
Et les charognards affamés
La lune terrifiée se pose sur la falaise
Presque effondrée
Tend brusquement ses mains
Et arrache l’innocence
Aux crocs de la hyène vorace
La tragédie résiste
S’accroche au cèdre désemparé,
Saisie par la décharge des canons
Se relève et s’élève ailleurs
Là où on banni le mal
Laissant la saloperie de l’Homme
Dans les mains de satan
Dans ce capharnaüm en braise
Gorgé de haine et de sang.

Nacéra Tolba

Dédié aux Palestiniens, Irakiens, Libanais et aux peuples du monde
Colonisés, opprimés, occupés et dans leur chair meurtris
Que

la Paix

prenne le dessus
Et hisse haut, très haut son étendard
Blanc dans le ciel bleu de la liberté
Août 2006


Foto: Nacéra Tolba* poeta del mundo:

http://www.poetasdelmundo.com/verInfo_arabe.asp?ID=1565


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Posté par ihsaini_mohamed à 03:07 - Nacera Tolba - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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